«Sensible, vous avez dit sensible ?»
Dans notre culture, la sensibilité, souvent taxée de sensiblerie, comme pour mieux la discréditer, n’a pas bonne réputation.
Être sensible, c’est d’abord éprouver des émotions. On notera que celui qui est insensible a tout aussi mauvaise presse : « il n’a pas de cœur » ! Jusque-là tout va bien.
Être sensible, c’est aussi assumer ses émotions. C’est ici que ça se gâte. Celui ou celle qui est à ce point sensible est une « petite nature ». Et d’ailleurs, « un homme, ça ne pleure pas » ! Quant à la femme, pour peu qu’elle vive ses émotions de façon démonstrative, elle sera vite taxée d’hystérique parce que cette spontanéité déborde des normes comportementales…
Et pourtant… être attentif à ses émotions, les nommer, les relier au bouleversement intérieur qu’elles signifient, pour agir en conscience et retrouver l’équilibre dont elles ont signalé un dérèglement, voilà qui procède de ce que l’on pourrait appeler l’intelligence du cœur. D’ailleurs, n’est-il pas étonnant et bienvenu que le mot anglais « sensible » se traduise par « intelligent » ?
Il est tant de choses qu’avec un peu de curiosité et d’honnêteté intellectuelle, l’on pressent. Mais c’est toujours un cadeau lorsque d’autres vous aident à tirer ce pressentiment de l’impensé où il gisait, vous permettent de mettre des mots sur des intuitions, de les partager et de les inscrire dans un champ de connaissances dont la perception encourage à aller plus loin.
L’intelligence du cœur était pour moi de ces intuitions que les propos du Docteur Catherine AIMELET PERISSOL et de Sophie LIBAUD ont éclairé lors du webinaire intitulé « la logique émotionnelle, une ressource pour le médiateur ? », que le CEMA a organisé le 6 février dernier, en partenariat avec l’Institut de Logique Emotionnelle.
Ce webinaire a ouvert des perspectives nouvelles pour beaucoup d’entre nous, a permis à d’autres de se forger des outils, a en tous cas revivifié notre pratique de médiateur. Le CEMA continuera à offrir de telles opportunités au plus grand nombre. Nous espérons que vous y êtes… sensibles.
Bertrand DELCOURT, Président