Chronique #01 (01 janvier 2021)


«Un certain jeu de l’imagination»

« Médié » dit l’un. Non, « médiant », affirme l’autre ! Certainement pas, « médieur », rétorque un troisième…
Bien sûr, il n’existe pas de synonyme parfait dans la langue française, et de notre attachement à de subtiles variations de sens, il résulte que l’on n’emploie pas indifféremment tel mot ou tel autre. On entend bien que le « médié » est celui auquel la terminaison en é souligne qu’il est au premier chef concerné par la médiation, tandis que si on le nomme « médiant », on souligne qu’il est agissant dans ce processus, tout comme l’appeler « médieur » traduit le fait qu’il en est l’acteur principal. Encore pourrait-on aussi conserver le terme de « partie », que l’on élude un peu vite au motif qu’il a une connotation procédurale, dans la mesure où toute personne « partie à un conflit » porte aussi en elle une « partie de la solution ».
Mais quoi, faut-il vraiment que pareille divergence perdure ? Tout cela ne procède, en définitive, que de ce que Ludwig WITTGENSTEIN appelait « un certain jeu de l’imagination ».
Je redoute parfois qu’à trop vouloir entretenir de telles querelles, nous, médiateurs, n’épuisions notre énergie en de vaines discordes. Sur ces synonymes, comme sur d’autres sujets qui sont, à y bien regarder, à peine moins futiles. Gageons que cette année qui débute sera l’occasion de renoncer aux escarmouches qui, trop souvent, décrédibilisent le discours que portent les médiateurs, de quelque horizon qu’ils proviennent, de consacrer notre force de conviction à faire connaître ce mode amiable par le plus grand nombre, de transmettre la passion qui nous rassemble avec enthousiasme, et d’œuvrer à la promotion des valeurs que porte la médiation.
Bonne année !

Bertrand DELCOURT, Président

Ils nous font confiance